L'échappée Belle - La traversée Nord
11 Juin 2026


Organisé par : Lucas

Activité : Trail

Lieu : Massif de Belledonne

Participants: Lucas

Description :


La traversée Nord de Belledonne : Mon Premier Ultra

Le Cadeau Inattendu
Qui aurait cru qu’après cinq ans de course à pied, je me lancerais dans mon premier ultra ? Tout a commencé par un cadeau offert par mes amis, déballé lors d’une soirée arrosée de novembre, à l’occasion de mon anniversaire. Ce précieux sésame : une place pour l'Echappée Belle, un trail dans Belledonne. Massif que j’ai exploré et rêvé de parcourir depuis mon enfance.
Un paradis blanc où j’ai appris à skier, et où j’allais désormais offrir quelques-unes de mes meilleures fibres musculaires pour une randonnée de 24 heures, un nycthémère complet.

La Veille : Préparation et Excitation
Le retrait des dossards a lieu à Aiguebelle, un petit bourg à l’extrémité nord du massif. Pas le temps de flâner : le départ est prévu le samedi à 00h30, quelques heures plus tard.
À la maison, la préparation du matériel est minutieuse, la liste du matériel obligatoire à la main. Ces doux moments où chaque prétexte est bon pour s’évader du stress qui monte, sournoisement.
Un dernier repas, une dernière douche, et « Hop ! » : le décollage est imminent. Direction Allevard, un village thermal niché au cœur du massif. Il fait nuit. La journée a été humide, mais le temps s’est progressivement éclairci. Un bisou à mes proches venus m’encourager, quelques regards fuyants vers mes compagnons d’infortune – des inconnus avec qui je m’apprête à vivre une aventure qui restera gravée dans mon corps et dans mon esprit.

Le Départ : Dans la Nuit Noire
« 3,2,1...Partez ! » – Le chantier commence. Nous voici dans une forêt en bordure d’un hameau.
Pas question de s’emballer : le rythme est calme, la nuit nous enveloppe, sereine. Les vagues de départ sont espacées de 30 minutes, avec environ 200 participants chacune. C’est rapidement la solitude.
La première montée est longue, mais sans difficulté majeure. La marche s’impose, et un seul mot trotte dans ma tête : « économie ». « Qui va piano, va sano », ou bien cette pensée inspirée de PBM : « Respecte le pas du guide ».

L’Aube en Belledonne : Entre Nuit et Lumière
Le Crêt du Poulet : Premier Point d’Eau
Après 11 km et 1 300 m de dénivelé positif, j’atteins le premier point d’eau. Depuis quelques kilomètres, j’ai quitté la forêt pour des pâturages où des vaches paissent, éclairées par le faisceau de ma frontale. Au loin, des villages endormis brillent dans le fond de la vallée.
Le Col du Merdaret : Bascule vers Fond-de-France
Un premier col sans difficulté, puis la descente vertigineuse – un kilomètre de dénivelé négatif qui donne l’impression de plonger dans les abîmes, bercé par le bruit des torrents. La forêt luxuriante que nous traversons laisse penser (à tort) que l’eau ne manque pas ici. Pourtant, cela faisait des semaines que je n’avais pas sauté dans des flaques…
Le Ravito de Fond-de-France : Rencontre avec les Intégralistes
Au centre Cévéo, je croise les coureurs de l’Intégrale, partis 16 heures avant nous. Certains sont déjà bien entamés. Pour moi, le ravitaillement est express : gourdes remplies, une soupe avalée et "au lit !".. Disons plutôt direction le col de la Grande Valloire, la plus grande ascension du parcours.

L’Ascension du Col de la Grande Valloire : Le Défi
9 km, 1 800 m de dénivelé. La montagne se révèle dans toute sa rudesse.
À mi-chemin, une découverte : la salade de cailloux de Belledonne, une AOP locale ! Il fait encore nuit quand la marche se transforme en escalade. Les bâtons sont rangés, et ma seule préoccupation devient : « Ne pas laisser une partie de mon dentier dans le granite ».
La trace est inexistante. Il faut suivre des post-its orange plantés sur des cure-dents – un vrai jeu de piste en pleine nuit. Vers 5h du matin, le froid se glisse sous mon gilet. La température est négative, et les cailloux deviennent glissants.

Rapidement, c’est la patinoire Lafayette en plein mois de février. L’ascension se fait presque à quatre pattes. Je tombe plusieurs fois. Autour de moi, des coureurs moins chanceux pestent, les yeux levés au ciel, leurs bâtons fracassés en deux. La fin de course a dû être difficile pour ces pèlerins…
L’arrivée au col est merveilleuse. Deux ou trois bénévoles nous y attendent. Le soleil se lève à l’est et nous offre une chaleur immédiatement réconfortante. « Ça, c’est fait ! »

La Descente et le Col du Morétan : Entre Vertige et Respect
La descente est vertigineuse, avec une main courante déposée par hélicoptère à certains endroits. Du crapahut comme on l’aime au BUC. Le névé n’est pas facile à descendre : pas assez glissant pour le faire sur la peau qui vaut de l'or, mais criblé de "requins" – ces pierres acérées qui rêveraient de fusionner avec mon coccyx.
Après 600 m de dénivelé négatif, je retrouve à nouveau les coureurs de l’Intégrale pour attaquer le mythique Col du Morétan, point clé du parcours. La montée se passe sans encombre, rythmée par des encouragements aux coureurs du 150 km, qui ont mon respect éternel.
La bascule se fait par une moraine délicate et pentue, où les plus adroits se passent de la main courante.

Changement de Décor : Du Mordor à la Comté
Pour les amateurs du Seigneur des Anneaux, c’est un changement radical : on passe du Mordor à la Comté. Direction Périoule, un havre de paix magnifique où un ravitaillement nous attend.
Il est temps de remettre les watts pour rejoindre la mi-course : Super Collet, où je retrouverai mes proches et un ravitaillement « digne de ce nom ».
Pause Familiale à Super Collet
Je ne suis pas au sommet de ma forme. Une belle pause s’impose, entourée de ma famille. Ici, c’est la fête dans cette petite station de ski du massif. Les bénévoles sont toujours aussi sympas, et des podologues et kinés sont là pour soigner les bobos.

La Deuxième Partie : Vers les Crêtes

La sortie du ravitaillement commence par une piste de ski à remonter, avant d’attaquer les crêtes et de basculer dans une autre vallée. Le refuge des Férices, une petite bergerie, est en ligne de mire. La descente est longue mais roulante (ce qui est rare en Belledonne).
On traverse des pâturages, des tourbières, puis on arrive dans le talweg. La végétation est luxuriante, les ruisseaux omniprésents.
L’Ascension vers les Férices : Le Doute
Une nouvelle montée de plus de 1 000 m de dénivelé. Les jambes sont lourdes, et mes pensées chavirent entre doute et ennui. « Les heures passent plus vite que les kilomètres ».
Au refuge, une table sommaire est installée. Un Tuc, on remplit les gourdes, et « ça r’part dré dans le pentu ».

Les Crêtes et Val Pelouse : La Beauté qui Réchauffe
Une succession de cols toujours aussi techniques m’amène sur les crêtes. Des singles magnifiques où la beauté réchauffe le cœur et l’esprit, avec une vue à couper le souffle (même si ce n’est pas que la vue qui me coupait le souffle…).
On tient le bon bout. Direction Val Pelouse, avant-dernier ravitaillement avant l’arrivée (une trentaine de kilomètres). Cette ancienne station de ski est aujourd’hui un champ avec un panorama dégagé – un vrai billard pour les amateurs de parapente !

L’Autoroute du Kiff : Le Sommet du Grand Chat
La sortie de Val Pelouse ? Une montée (pour changer), qui permet de basculer de l’autre côté par le col de Perrière, puis les sources du Gargoton, au pied de la montée vers le col de la Perche et le col d’Abarétan.
Mais cette fois, ce n’est pas un col, mais l’ascension du Sommet du Grand Chat, par la crête de l’Ouille – que j’ai rebaptisée « l’autoroute du kiff ». Un single magnifique avec une vue à 360° sur les massifs environnants : de la Chartreuse à la Lauzière, avec le Gros Blanc qui se moque de nous en toile de fond.

La Dernière Ligne Droite : Entre Hypoglycémie et Euphorie
Une longue descente nous amène au dernier ravitaillement : Bourget-en-Huile. Depuis 10 km, j’ai laissé derrière moi une vilaine hypoglycémie. Je me sens en forme olympique, comme si j’avais mangé du lion… ou un concombre Noa des jardins communs. « Bref, tout se goupille pour le mieux ».
J’attaque une longue et fastidieuse remontada. J’arrive au dernier ravitaillement avec plus d’une heure d’avance sur les prévisions, prenant de court mes proches qui me suivaient depuis la mi-course.
Une soupe, et c’est reparti. 16 km à parcourir. J’ai les crocs de terminer. L’arrivée est à quelques foulées, et c’est le moment de « lâcher les chiens » pour gratter les trois places qui ne feront toujours pas de moi un membre de l'équipe de France (je ne comprends pas pourquoi...).

La Nuit Tombe : Derniers Défis
Le soleil se couche. Il est temps de resserrer la frontale sur l'occiput et de repartir. On a quitté les montagnes pour un décor plus jurassien, en courant dans une forêt de résineux. « Presque l’impression d’être à la maison ! »
La fin s’annonçait simple… mais c’était sans compter sur l’esprit torturé des organisateurs, qui nous ont réservé un dédale de jolies montées entre tourbières et mines de fer.
Puis la dernière descente, interminable, qui m’a permis de récupérer quelques âmes et de terminer mes pauvres quadriceps, qui, par chance, ne m’ont pas fait défaut de la journée.

L’Arrivée : La Cloche et la Vache
À Aiguebelle, une arrivée discrète en sonnant la cloche, emblème de l’événement.
Mais le meilleur ? La sonner la vache dans le dos… et le BUCALPIN au cœur !
98 km et 7600 mètres de dénivelé
Merci à tous pour les encouragements. Sacré club !





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