Pic d'Aygue Longue, Traversée E--W
28 Juillet 2026


Organisé par : Joël

Activité : Escalade

Lieu : Pyrénées Ariégeoises

Participants: Claude, Joël

Description :


Pic d'Aygue Longue : Traversée Est >> Ouest
V, III, P3
Dénivelée : 1100 m
Passages techniques : 250 m


Depuis 2023 et un but aussi mémorable qu'humiliant à la Dent de Vaulion, je m'étais paisiblement installé dans une retraite bien méritée des grandes affaires du trad. J'avais juré, la main sur le topo, qu'on ne m'y reprendrait plus.
Mais il suffit parfois d'une faiblesse passagère, d'un regain d'orgueil mal placé ou simplement d'un coup de téléphone de Joël, notre spécialiste glace au BucAlpin ( heu, catégorie danse de couple sur glace…)
« J'ai un petit truc à te proposer en Ariège. Une course peu fréquentée. Tranquille... »
À mon âge, j'aurais dû me méfier du mot tranquille.

La littérature spécialisée (merci le topo CAFMA) précise que l'itinéraire est parcouru, au mieux, une fois par an. L'approche longue se perd dans des replis de montagne au-dessus d'alpages gardés par des patous peu sensibles au charme des alpinistes. Quant à la description de la voie, elle tient en quelques lignes laconiques laissant entendre que l'intérêt de la course réside moins dans l'escalade que dans l'ambiance sauvage, l'isolement et la nécessité d’être innovant dans notre pratique.

Bref, exactement le genre d'idée dont il faut se méfier.

Direction Ax-les-Thermes et ses effluves de soufre.
Et vogue la galère.

1, 2, 3... Soleil !
Canicule en vallée, grand beau, sec et chaud là-haut. Trop chaud même.
Mais au moins, un problème de moins. Parce qu'un orage sur une arête de presque deux kilomètres hérissée de gendarmes, sans échappatoire raisonnable, ce n'était pas dans nos projets du jour.
Côté neige, nous avons croisé une unique plaque résiduelle, vestige émouvant d'une époque révolue.
3, 4, 5...
C'est à peu près l'échantillon des difficultés techniques rencontrées.
La course revendique un unique passage coté V, en terrain d'aventure, qui selon nos prédécesseurs « vaut sa cotation ». Pour une fois, personne n'avait exagéré.
Nous ne verrons d'ailleurs qu'un seul piton de toute la journée.
Le morceau de bravoure se situe dans une traversée improbable dont Joël finira par débusquer la solution après un long moment de flottement collectif. Pour résumer, nous avons passé presque une heure à contempler du bas d’un rappel sombre, perchés à 150 mètres au-dessus du vide, comment poursuivre sans pouvoir ni monter ni descendre convenablement. Traverser, oui, facile à dire…
L'alpinisme est parfois une activité très contemplative.
Quelques gouttes de pluie viendront stimuler la réflexion.
5, 6, 7... heures
Sept heures de progression paraissent être l'horaire de référence.
À 17 heures, nous atteignons finalement le sommet du Pic d'Aygue Longue (2404 m).
Pas un bruit.
Pas une âme.
Juste les montagnes à perte de vue et ce sentiment étrange que procurent les courses oubliées : l'impression d'avoir reçu une invitation privée. Ça c’est ce que j’écris maintenant parce qu’en vrai, nous en avons vraiment plein le dos et pressés d’en finir, ce sera un passage en courant. mais…
8, 9, 10... heures
La montagne n'avait cependant pas encore dit son dernier mot.
Au moment d'aborder ce qui devait être le dernier rappel, un gros bloc suivi un second, déstabilisés par la corde, me glissent dessus puis viennent percuter Joël en contre-bas, en train de se vacher à un relais mal commode. Bilan rapide : épaule, lèvre, main. Pansement de fortune, vérification générale du matériel biologique restant disponible, puis nous expédions les 50 mètres de rappel avec une motivation renouvelée.
Une dernière traversée pour revenir coté lac et, la délivrance apparaît enfin sous la forme d'un immense pierrier. Nous le coupons en écharpe à la recherche de la meilleure ravine permettant de se faufiler entre les barres rocheuses jusqu'au lac.
Là, une source providentielle nous attend.
L'eau est fraîche.
La montagne est belle.
La vie aussi.
Le reste de la descente jusqu'au parking se fera sur les réserves.
À 20 heures, après quinze heures de course, complètement rincée, un peu cabossés, mais surtout parfaitement heureux, nous retrouvons notre bivouac puis la civilisation après quand même les 45 mn de piste défoncée...

Les Pyrénées, ça se mérite, merci pour ce voyage, Joël

Finalement, ces longues journées, inutiles, improbables et épuisantes mais vécues dans l’entente de la cordée nous rappellent pourquoi nous aimons tant la montagne.

La veille, nous étions allés reconnaître la célèbre face sud-est de l'Orlu et son fameux pilier de 1000 mètres.
Vingt-six longueurs d'escalade.
Et encore neuf longueurs de gradins pour faire bonne mesure.
Alors, les Savoyards, vous en dites quoi ? :)

cv





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